mercredi 24 octobre 2007

Mes premières vacances dans le désert

Mes vacances tirent à leur fin. Après avoir été malade pendant plusieurs semaines (je ne sais toujours pas ce que j'avais, probablement une intoxication alimentaire), je suis partie avec Émilie et son chum Hugo à Huaraz puis à Ica, une région dévastée par le récent tremblement de terre.

Nous sommes restés surtout à Huacachina, Oasis de América, havre de touristes gringos mais étrangement vide dimanche dernier, jour du Censos (recensement) et de la inmovilidad nacional (immobilité nationale). Au milieu d'un désert impressionnant, nous avons côtoyé Israéliens, Italiens et Irelandais dans les promenades en buggy (espèce de véhicules safari qui filent à toute allure dans les dunes) et dans les bodegas (caves à vin) où on s'est régalé de vins sucrés, de liqueurs locales et de Pisco. Puis, après une nuit bien courte, le lendemain d'un concert du groupe de cumbia péruvien Super Caliente, nous nous sommes installés dans un petit avion à 3 passagers pour voir les fameuses lignes de Nazca. Éprise d'un léger mal de coeur, j'ai bien tripé quand le pilote m'a cédé le volant de l'avion. Pas facile piloter.

Nous n'avons pas eu beaucoup de temps pour visiter Ica, une ville chaotique, bien cicatrisée par le séisme. Partout, églises, immeubles, maisons effondrés. Mais on voit peu de chantiers de construction, encore moins dans les zones où le besoin est le plus flagrant, c'est-à-dire là où les gens vivent dans des huttes en brique, paille et carton. La reconstruction ne semble pas être une priorité du gouvernement, qui prétend amasser les fonds avant de lancer les grands projets à la fin de l'année (combien de dollars se retrouveront dans les poches des politiciens?).

La cerise sur le gâteau : le climat de Ica. Chaud, sec, ensoleillé. J'aime bien Huallanca, mais l'humeur ne reste pas indifférent au froid et à la pluie. J'y retourne demain matin, prête à me remettre au travail.

lundi 8 octobre 2007

J'admire et on m'admire

Ma première visite al campo! J’ai déjà écrit un texte intitulé « Les plus beaux paysages que j’ai jamais vus » alors il a fallu changer de titre, mais ceux que je viens de voir rivalisent bien les précédents.

Chiuruco est une petite communauté de 45 familles, surtout agricoles mais de plus en plus minières, située à une altitude de 4 200 mètres, à moins d’une heure en moto de Huallanca. Assise derrière Agustín, agronome de SUCO, j’ai pleinement apprécié ma première promenade à deux roues motorisées. Après un spectacle éblouissant de plaines et de montagnes, nous avons poursuivi notre chemin à pied, puis à cheval, jusqu’à la maison de Enrique, autre agronome de SUCO. Moi qui pensais être en forme, j’ai bien vite découvert que mon système cardiovasculaire fait pitié à côté de celui des locaux. 10 pas. Pause. 7 pas. Pause. 3 pas. Pause. Aïe.

Le plus grand problème actuel des agriculteurs de la communauté, c’est la pénurie d’eau. Il n’y a pas eu de pluie à Chiuruco depuis le mois de mai. Normalement, les pluies arrivent en septembre, mais depuis un mois les champs s’assèchent et le bétail s’affame. Chez Enrique, sa femme Luz nous a préparé un plat de riz, patates et lapin sauvage, avec thé à la camomille. Une demie heure plus tard, chez une autre famille, la abuelita nous a offert une soupe bœuf et nouilles. J’étais tellement pleine que je me sentais légèrement nauséeuse. Mais je ne pouvais refuser. C’est la première fois en deux ans que je mange de la chair animale (deux portions par surcroît!). Quand on se fait offrir de la nourriture des comuneros qui peinent à vivre de leurs terres, sans revenu fixe, sans électricité, avec comme seule source de protéines leur bétail et leur cuyes (cochons d’Inde) qui se promènent librement sur le plancher de la cuisine, difficile de dire « non merci, je ne veux pas de votre viande que vous m’offrez si généreusement. » Vous savez combien le végétarisme me tient à cœur. De telles expériences ne font que renforcer ma conviction que la consommation de viande au Canada est un tort injustifiable.

J’ai terminé une semaine de présentations au secondaire. Ce fut une expérience, disons, intéressante. J’ai eu des classes fantastiques avec des étudiants très attentifs et motivés, mais également des classes chaotiques et peu participatives. Dans l’ensemble, le bilan est positif et j’ai hâte de recommencer.

Seul hic : les hormones juvéniles! Un jeune m’a demandé si j’étais de la famille de Fujimori, un autre a voulu prendre une photo avec moi et plusieurs ont demandé que je parle de la Chine plutôt que du thème principal. « Ha llegado mi corazón » (Mon cœur est arrivé), « Estoy enamorado » (Je suis en amour), « Al verte subo al cielo » (Je suis au ciel en te voyant) sont des commentaires récurrents. Tout haut, sans gêne, devant toute la classe! Maintenant qu’ils me connaissent, les garçons ont pris l’habitude de me siffler dans les couloirs du collège comme dans la rue. Vous vous doutez bien que ça me met mal à l'aise. Surtout quand presque tous les hommes du village agissent de la même façon. Et comment suis-je sensée réagir à cette attention gênante et indésirable? Des conseils???