dimanche 23 septembre 2007

Et l'aventure commence!

De retour de Huaraz. J’avoue que ça fait du bien de se reposer un peu et de pouvoir sortir dehors sans veste! J’en ai profité pour faire une razzia du supermarché, manger au restaurant et jouir de la vie nocturne en compagnie d’Émilie.

Récemment, j’ai eu ma première petite aventure à l’extérieur du pueblo. Hermelinda, nutritionniste, et Ivan, agronome – deux nouveaux employés du Centro – étaient allés al campo mais n’étaient pas revenus avec la dernière combi de la journée. Une mission de secours constituée de trois braves héros s’est donc mise en place : Dani, la sage-femme du Centro, Luis, docteur serumista (résident), et Sophie, la nouvelle practicante (stagiaire). Dans la vieille ambulance du Centro qui fait un bruit terrible, nous avons emprunté le chemin de cailloux qui nous amenait vers les communautés lointaines, à la recherche de nos deux collègues abandonnés. La route étroite, comme toujours bordée de murailles ou de précipices, passait par des paysages que je supposais magnifiques mais que je ne voyais pas très bien dans l’obscurité. Quel effet de se promener ainsi dans les montagnes à la tombée du jour, les collines géantes laissant à peine entrevoir le ciel, la rivière ruisselant à notre côté et les quelques autobus de nuit passant dans le sens inverse, sur le même chemin trop étroit pour deux véhicules! La possibilité d’une collision à chaque tournant. Des éclats de lumière qui effrayaient le Dr. Luis qui redoutait une attaque par une mancha (gang) de cambrioleurs. Un canyon splendide entre trois pans de pierre. Des maisonnettes éclairées au feu dans les cerros. Un pont si étroit et sans garde-fou (construit par une compagnie minière qui, bien sûr, se fiche de la sécurité des populations qui génèrent ses profits). Toute excitée, j’étais retournée en enfance quand, avide d’aventure et de risques, on partait explorer les bois au milieu de la nuit ou on se racontait des histoires d’horreur pour le "trip" de sentir des frissons dans la nuque. Sauf que cette fois-ci, les dangers étaient réels (tomber dans le ravin, se faire voler, tomber en panne, par exemple). Entassée entre Luis y Dani dans la banquette avant de l’ambulance, j’ai eu chaud pour la première fois depuis que je suis arrivée à Huallanca. Puis, lorsque nous nous demandions justement si les quelques litres d’essence qui restaient nous suffiraient pour le retour, les phares se sont arrêtés sur deux silhouettes. ¡Salvación!, se lisait sur le visage des rescapés qui avaient marché 5 heures déjà et n’espéraient arriver à destination qu’au milieu de la nuit. Ce genre de choses arrivent souvent, m'a-t-on dit. En tout cas, j'ai vraiment hâte de partir à mon tour en communauté et de me perdre ainsi dans les montagnes de Huallanca!

Autre événement intéressant des derniers jours : le reinado. Organisé par les trois écoles de Huallanca, c’est un événement annuel où des fillettes se font voter reine de leur école, sont maquillées, habillées et exposées dans le Coliseo, puis s’assoient sur un trône en haut d’un char qui défile dans les rues, jetant des bonbons aux masses d’enfants entassés sur les trottoirs. C’était un peu pathétique et je n’en ai pas compris la signification, mais au moins le spectacle de danse traditionnelle était intéressant.

Et j’ai enfin franchi la première étape, la plus difficile, celle que je redoutais tant. Chaque jour de la semaine, en compagnie de Dani, j’ai visité le colegio pour coordonner les thèmes et l’horaire des charlas avec les tuteurs et leurs élèves. Chaque fois que je me suis présentée maladroitement devant les jeunes, je sentais la curiosité et l’excitation palpiter dans l’air (après tout, ils n’ont pas souvent l’occasion de parler de sexualité, avec une étrangère en plus). Ma nervosité s’est peu à peu dissipée et je sens que je vais bien m’amuser avec les jeunes. La première présentation commence demain soir. Le thème : Mitos sobre la sexualidad (Mythes sur la sexualité).

vendredi 21 septembre 2007

Les mines me minent

Bien que je sois la nouvelle curiosité du village, la plupart des gens que j’ai rencontrés jusqu’à maintenant sont très sympathiques envers moi. On pense sûrement que je suis timide parce que je parle très peu, mais c’est plutôt à cause d’un manque de confiance en espagnol. Je m’inquiète de ne pas être plus sociable avec les gens et plus efficace dans mon travail à cause de ce blocage linguistique. Mais hier soir, lors du party de bienvenue chez Émilie, j’ai réussi à me débloquer un peu et ça m’a beaucoup remonté le moral.

Tous les collègues et certains amis étaient invités. Avec musique de fond, assis sur les divans de la grande maison d’Émilie, on a parlé des régions du Pérou, des histoires de voyages en moto dans les communautés (oui, moi aussi je vais apprendre à faire de la moto!) et de la vie à Huallanca. On buvait à la péruvienne, c’est-à-dire tour à tour avec le même verre, chacun prenant une gorgée de bière et vidant la mousse dans un bol à terre puis passant le verre et la bouteille au prochain. Je n'ai jamais été amatrice de la bière, mais puisque c'est tout ce que l'on semble boire ici, j'ai résolu de me familiariser avec les marques et les rites associés à sa consommation. Première leçon d'Émilie : les bières péruviennes varient en popularité, dépendant de la région - Pilsen au Nord, Cusqueña dans la costa, Cristal dans la sierra. Heureusement, le Pérou a aussi ses vins et ses liqueurs, notamment les vins sucrés et le Pisco de la région d'Ica, qui sont beaucoup plus susceptibles de conquérir ma faveur.

À la fin de la soirée (l’alcool monte vite au cerveau à cette altitude!), ma langue s’est déliée et j’ai pu parler et blaguer un peu plus aisément. Et je crois avoir trouvé la clé du succès d’Émilie : son enamorado péruvien. Avoir un chum avec qui converser tous les jours a sûrement contribué à son intégration linguistique et culturelle. (Non pas que je veuille m’en trouver un! Un(e) ami(e) proche suffirait).

Pour ce qui est de la nourriture, disons que mes choix sont limités. Les aliments sont peu variés, les restaurants médiocres et les ingrédients non traditionnels difficiles à trouver. Le marché vend plusieurs fruits et légumes, mais les gens en achètent peu. On me raconte que les habitants se permettent de dépenser pour les fêtes, l’alcool et les téléviseurs, mais pas pour une bonne alimentation. Huallanca est un peuple d’éleveurs de bétail, mais la viande est exportée à Lima plutôt que consommée, entraînant l’anémie et la malnutrition, faute de sources alternatives de fer et de protéines.

Mais je survis en préparant mes repas chez moi. À part le gros mal de tête que j’ai eu avant-hier (une infusion de coca a été très efficace), un essoufflement plus rapide et un sommeil perturbé par des réveils chaque heure, je ne ressens pas d’autres effets de l’altitude. Parfois le soleil tape fort et mes yeux piquent un peu, mais ce qui me dérange le plus c’est le fait que l’air n’est pas aussi pur que je l’avais imaginé. Même à 3 500 mètres, avec des montagnes à perte de vue, dans un pueblo de 5 000 personnes, on sent la pollution. Les deux dernières nuits, je me suis réveillée avec une odeur de gaz si forte que je m’imaginais une fuite dans la maison. Mais apparemment, ça vient des mines qui entourent Huallanca. C’est dans les mines que l’argent du pays réside, m’avait dit Meche, qui est partie hier après-midi.

« On peut bien détester les compagnies minières canadiennes, chinoises, australiennes qui exploitent nos ressources naturelles sans partager les profits tout en polluant notre environnement, mais où trouvera-t-on la richesse pour construire et faire prospérer notre pays, sinon dans les mines? Les entreprises se déresponsabilisent. Le gouvernement, qui devrait redistribuer et protéger, s’en lave les mains. Les ONG font un travail disparate et à court terme, souvent sans l’appui ni des autorités ni des populations. La seule solution, c’est l’éducation, l’investissement dans le potentiel des générations futures et l’espoir d'engendrer des individus dédiés qui amèneront le changement social nécessaire. »

mardi 18 septembre 2007

Premières impressions de Huallanca

Trop fatiguée pour apprécier le paysage enchanteur, je suis à peine consciente de notre entrée de plus en plus profonde dans la sierra. Puis, je me réveille juste à temps pour apercevoir un rayon de soleil éclairer le village de Huallanca niché au milieu des montagnes. C’est exactement comme je me l’avais imaginé : emplacement creux dans une vallée, petites maisons modestes, chiens et bétail dans les rues, vue époustouflante.

Dès que je descends, on me regarde avec le même air curieux. Les gens s’arrêtent et m’observent, les véhicules klaxonnent, les enfants s’amusent à deviner ma nationalité : ¡China! ¡Japonesa! ¡No coreana! Il fait soleil, mais on m’avertit des matins et des nuits glaçants. Meche me fait visiter le bureau de SUCO, le Centro de salud (le centre de santé où je vais travailler), le Coliseo cerrado (centre communautaire), la rivière qui traverse le village, un parc pour enfants, l’école secondaire et les deux écoles primaires, les quelques bars et le central électrique d’une mine avoisinante. Nous avons tout le mal du monde à trouver un restaurant qui sert des plats sans viande.

Le soir, je visite la maison dans laquelle je vais habiter. Señora Maria et sa belle-sœur, deux femmes extrêmement gentilles, m’accueillent dans leur grande résidence, qui comporte un petit magasin, une cour intérieure avec beaucoup de plantes, une maisonnette comme salle de bain, plusieurs chiens et chats et de nombreuses pièces. Durant mon premier mois, pour une immersion linguistique et culturelle, je vais vivre avec elles, dans une grande chambre au 2è étage, avec un poêle à ma disposition pour préparer mes repas. C’est parfait pour le début de séjour, mais je déménagerai plus tard dans une chambre plus indépendante.

C’est maintenant le temps pour une réunion avec les employés du Centro. Après le tour de table, nous discutons de mon mandat, mon espace de travail et les activités que je vais organiser. Deux choses me rendent nerveuse : mon niveau d’espagnol qui me semblait adéquat mais paraît maintenant misérable et le thème de grossesses précoces qui sera l’axe central de mon stage. Je m’inquiète de devoir donner des ateliers sur la santé sexuelle en espagnol à des étudiants du secondaire quand je parle mal, je ne suis pas experte sur le sujet et je ne connais pas très bien les tabous à l’égard de la sexualité.

Enfin, je rencontre Émilie, la coopérante qui travaille étroitement avec le Centro. Elle parle avec une telle fluidité et un accent local si authentique que j’en suis éblouie. Parfaitement intégrée dans la communauté qu’elle habite depuis 2 ans, elle a visiblement l’amitié et la confiance des employés de SUCO et du centre, ainsi que de la population. En l’accompagnant à son atelier sur la nutrition dans une classe du soir où participent adultes, enfants et bébés, je m’émerveille devant son talent oratoire et me demande si, en 6 mois, j’atteindrai le même niveau de confort.

dimanche 16 septembre 2007

Les plus beaux paysages que j’ai jamais vus

Adieu la capitale. J’aurais aimé avoir plus de temps pour visiter le vaste territoire liménien et apprendre à connaître les divers districts si différents les uns des autres. Mais de nouvelles terres m’attendent.

Comme Comas, qui a été peuplé par des immigrants il y a deux ou trois générations seulement, les districts limitrophes du nord-ouest de Lima que nous passons dans l’autobus pour Huaraz – soit San Juan de Lurigancho, Carabayllo & Ancón – sont des barrios populares qui ont été récemment construits dans le désert liménien, parmi les cailloux et la poussière. Les ménages les plus aisés vivent dans des maisons en brique ; les moins fortunés dans des gîtes en carton et en paille.

Parmi ces habitations carrées qui poussent comme des cactus jusqu’au sommet des cerros (collines) arides, des Metro (supermarché), des Pizza Hut et des MacDonald’s se dressent en symbole de modernité. Çà et là, on aperçoit des bodegas (dépanneurs) de pièces automobiles, des marchés de fruits et de légumes, et même des parcs d’amusement. Mais ce qui retient mon attention, c’est le Hospital de Solidaridad. Faute d’appui gouvernemental, la municipalité de Lima a décidé d’ouvrir ces hôpitaux populaires, où les patients moins aisés peuvent recevoir des soins de santé pour quelques nuevos soles. La particularité : les unités hospitalières sont en fait des vieux autobus transformés en salles de consultation sur lesquels sont écrits Cardiología, Optometría, Dentista, etc. En guise de salle d’attente, un espace extérieur devant chaque « bus-bâtiment » a été muni de chaises et d’abris. Selon Meche, le service est bon et les files sont courtes.

Plus loin, les vagues du Pacifique viennent s’écraser au pied de fabuleuses montagnes de sable. Entre le bleu de l’océan et le beige des dunes, notre autobus parcourt un chemin sinueux qui nous amène, en passant par des étendues désertes et des champs étonnamment luxuriants, à des pueblos (villages) poussiéreux, érigés au milieu de nulle part, avec des chiens sur les toits, des chifas à volonté et des églises en brique sablonneuse. Quelques-uns ressemblent à des oasis, d’autres à des villages du Sud-Ouest étasunien et d’autres encore à des havres de pêcheurs. Mais tous ont un penchant pour les vieux Volkswagen et les mototaxis. Au lieu de panneaux de bienvenue, les visiteurs sont accueillis par des messages dans le sable, sur le versant des cerros environnants : « Buen viaje » et « Jesus te ama » sont les plus communs.

Puis, la montée commence. À ma droite des précipices vertigineux, à ma gauche des murs de pierre et tout autour des montagnes brunes et grises entourant des vallées verdoyantes. Champs, bétail, maisons de paille, enfants qui jouent dans les ruisseaux, gallinasos (petits condors) qui volent dans le ciel de plus en plus bleu, graffitis politiques à l’appui de candidats régionaux (Álvarez para presidente!). Éblouie par la beauté du paysage, je reste collée le nez à la vitre pendant plusieurs heures, durant lesquelles je vois pour la première fois dans ma vie un vrai épouvantail et des cactus dans leur habitat naturel poussant entre les fissures des rochers.

À mesure que nous montons, la scène change et devient de plus en plus jaunâtre. Nous passons un village féerique d’à peine quelques centaines d’habitants, situé sur le sommet d’une colline. Jusqu’ici, tous les paysans que j’ai vus étaient habillés à l’occidental, mais ici, peut-être à cause de la fanfare qui avait lieu dans la rue (tubas, tambours, costumes), les gens portent des habits traditionnels multicolores. Les enfants sont toujours aussi mignons. Même à travers les fenêtres de l’autobus, on me remarque et on me pointe du doigt.

Enfin, nous arrivons à l’altiplano. Le souffle coupé, je regarde s’étendre les vastes plaines peuplées de ichu (espèce de gazon épais) et de moutons, puis une lagune azure et …wow… les pics de la Cordillera Blanca. Sous les nuages suspendus si bas défilent des steppes beiges avec des cimes enneigées à l’arrière-plan. C’est là-bas, au milieu de cette lointaine et divine sierra que je vais vivre pendant les prochains six mois!

Arrivées à Huaraz, je me promène avec Meche dans les rues achalandées où se côtoient écoliers, mendiants, marchands de vêtements à laine d’alpaca et vendeurs de chiots. Ravagée par un tremblement de terre il y a 30 ans, cette ville touristique à 3 heures de Huallanca s’est reconstruite dans le désordre et le chaos, mais la diversité et l’abondance de ses commerces en font un endroit animé et fascinant. Après une brève tournée, pendant laquelle j’ai eu droit à plusieurs regards curieux et à des ¡mira mira!, ¡oye chinita!, ¡hola bonita!, etc., je me dis que j’y reviendrais sûrement assez souvent.

Demain, nous partons à 6h du matin pour ma destination finale.

vendredi 14 septembre 2007

Adaptation

Je resterai à Lima plus longtemps que prévu. Je devais partir hier mais, à ma demande, Meche (la chargée de projets qui nous forme et nous accompagne) m’a permis de rester jusqu’à lundi matin. Je me suis dit que je n’allais pas avoir la chance de descendre souvent à la capitale, qui est à 8 heures en autobus de Huallanca, et que je devais donc en profiter pendant que j’y suis.

Ariane et moi partageons une chambre d’hôtel dans le quartier central et aisé de Miraflores. Heureusement, nous nous entendons bien et nous avons sensiblement les mêmes préférences quant à la nourriture, la manière de voyager, etc. Nous passons la journée dans le bureau de SUCO à recevoir la formation et pendant la soirée, nous nous promenons dans la ville, explorant les boutiques, les marchés artisanaux et les cafés, sous l’effet somnolant du ciel gris, de l’humidité et du froid transperçant.

Aujourd’hui, Meche et Richard nous ont amenées à Comas, Lima centre et Barranco, trois districts très uniques et très intéressants. Comas, où Ariane va travailler avec un groupe de théâtre de rue, m’a énormément plu, avec sa terre poussiéreuse, une rue principale achalandée et de petites maisons carrées dans les montagnes. Là-bas, dans ce barrio popular du Nord-Ouest que peu de Liméniens veulent visiter, on sent la lutte qui palpite dans l'air, le sol, les rues. Lima centre, avec ses édifices coloniaux, ressemble à une Espagne vieillie, mais encore jolie, qui attire étonnament peu de touristes et se vide le soir. Enfin, le quartier artistique de Barranco offre des sites et événements culturels intéressants pour les jeunes de la classe moyenne.

Même si les plages sont sales et la pollution est étouffante, j’adore le paysage liménien pour ses maisons excentriques et ses immeubles bas. Il y a peu de grands édifices pour cacher le ciel et les quelques appartements et hôtels qui font exception à la règle nuisent considérablement au charme urbain. En revanche, le système de transport me plaît beaucoup moins. Les combis (espèce de mini-bus privés qui remplacent les transports publics inexistants) sont souvent bondées et leurs contrôleurs de billets peuvent être très désagréables. Les taxistes conduisent comme des fous et refusent souvent de t'amener dans les districts lointains. Le réseau de tramway, à moitié terminé sous le premier gouvernement de Garcia, ne fonctionne que dans un district. Dommage qu'il y ait si peu de piétons et de cyclistes, mais tant d'automobilistes qui pratiquent le klaxonnement préventif.

Quant à mon espagnol, j’ai fait pas mal de progrès depuis mon arrivée lundi soir. Je comprends quasiment tout, mais j’ai encore du mal à m’exprimer. C’est à Huallanca que je vais réellement m’améliorer, quand j’aurai à travailler chaque jour en espagnol et que je ne serai plus avec Ariane (on se parle en français et quand on sort c’est habituellement elle qui prend la parole parce qu’elle parle beaucoup mieux que moi).

Et les Péruviens? Je les trouve très sympathiques, mais plutôt calmes et réservés. Ils ne sont pas les latinos extrovertis et éclatants auxquels je m’attendais. Très métissés, ils ont une physionomie bien variée qui correspond souvent à l’image que je me faisais du peuple inca. Les enfants sont vraiment adorables avec des visages d’ange, mais on dirait que les adultes vieillissent rapidement. Malgré cela, il y a des hommes et des femmes d’une beauté exceptionnelle, mystérieuse et mélancolique. Ils doivent être très charmants aussi, parce que chaque jour nous entendons parler de Québécoises qui sont tombées amoureuses de Péruviens et qui ont décidé de rester dans le pays.

Malgré les statistiques, je n’ai pas vu beaucoup d’Asiatiques dans les rues. Ils doivent rester entre eux, dans les barrios chinos. Quand Ariane et moi marchons dans la rue, on nous dévisage et parfois on m’appelle china. Jusqu’à maintenant, nous avons été dans un club de musique cubaine, une fête entre amis et un festival de salsa dans le district portuaire de Callao (l'endroit le plus dangereux de Lima, apparemment), où nous avons, bien sûr, goûté à la bière Cusqueña et au fameux Pisco Sour, qui partage avec la Inca Kola le titre de boisson nationale. Les gens dans ces endroits ont toujours l’air surpris de me voir là, à boire et à danser (je soupçonne que, comme au Québec, la réputation des Chinois – celle d’être sérieux et studieux – me précède) et quand je dis que je viens du Canada, on a bien du mal à me croire.

Comme partout ailleurs, les gens voient difficilement au-delà de l'apparence, surtout ici où l'ethnie est un signe de statut socio-économique important. Les indígenas sont les paysans simplets et tranquilles, les Afro-péruviens les fêtards indigents, les Sino-péruviens les commerçants habiles, les Péruviens japonais les entrepreneurs ambitieux... Évidemment, l'élite est majoritairement blanche et les visages dans les publicités aussi. Monica, chanteuse afro-péruvienne et fondatrice d'une ONG qui promeut la culture et les droits des Noirs, me raconte qu'en raison de la couleur de sa peau, elle se fait toujours traiter comme une étrangère dans son propre pays : on lui parle en anglais, on lui demande de quel pays elle vient, etc. Ça me rappelle un peu ma propre situation au Québec, où l'on m'adresse toujours la parole en anglais, on est surpris quand je parle sans accent, on me demande si je suis adoptée, etc. Mais contrairement à moi, qui suis issue d'une famille immigrante, ses ancêtres ont vécu au Pérou depuis des siècles.

Côté bouffe, nous avons trouvé un restaurant végétarien délicieux près de notre hôtel, où nous soupons chaque soir. Fondé par des Krishna, le resto s’appelle Govinda (comme celui à Montréal qui a fermé ses portes) et sert de la nourriture indienne et internationale, avec toujours la même musique de fond répétitive et ennuyeuse. Il n’y a pas beaucoup de choix végétariens dans les autres restaurants et j’ai parfois eu à manger du poisson et des œufs. Ici, outre les mariscos (fruits de mer), le pollo (poulet) est roi. Je frémis en m’imaginant les horreurs qui doivent se cacher derrière cette production massive de poulet.

En dépit du nouvel environnement, je me sens déjà plutôt bien adaptée. Cette capacité d’adaptation qui semble se renforcer avec chaque voyage me fait peur. Mais je suis dans une métropole et j’habite dans un hôtel. Ce n’est pas la même chose que de vivre dans la sierra, au milieu de nulle part, avec deux avenues principales et une discothèque remplie de borrachitos (soûlons) comme seule forme de divertissement. J’attends donc d’être à Huallanca pour me sentir réellement dépaysée.

mardi 11 septembre 2007

Arrivée

Je suis arrivée saine et sauve à Lima, avec tous mes bagages et toute ma bonne humeur, malgré le manque de sommeil des derniers jours.

Par un heureux hasard, j’ai rencontré maman, les flots et le beau-père à l’aéroport. Ils étaient là depuis belle lurette mais n'étaient toujours pas embarqués dans l’avion pour Winnipeg à cause de problèmes de bagages. J’ai pu leur dire une dernière fois au revoir avant de les quitter pour 6 mois.

Dans la salle d’attente, j’ai trouvé Ariane, l’autre stagiaire de SUCO au Pérou, en compagnie d’une nouvelle amie liménienne Monica. Celle-ci nous a parlé de la vie nocturne et de la scène musicale de la capitale, ainsi que du tremblement de terre et de l’état de traumatisme psychologique des populations sinistrées.

Après une escale de 2 heures à Toronto, je me suis retrouvée assise à côté d’une femme âgée péruvienne, avec qui j’ai conversé en espagnol pendant tout le vol. « Son muy abiertos y calurosos los Peruanos, no como los Quebequenses. Vas a ver, te encantará el Perú. » Je soupçonnais que son évaluation peu positive du Québec avait quelque chose à avoir avec un manque d'intégration linguistique et culturelle et le fait que malgré ses 17 ans à Montréal, elle retournait chaque hiver dans son pays natal. Elle devait considérer le Canada non comme une terre d’adoption, mais un endroit de transit pour lequel elle ne ressentait ni appartenance ni affection. Ce qui ne signifie pas qu’elle était une mauvaise personne. Au contraire, elle fit preuve de cette chaleur péruvienne dont elle me parlait en me laissant ses coordonnées et en m’invitant à faire un tour chez elle.

Arrivées à Lima à 1h30 du matin (avec 45 minutes de retard), nous avons rencontré Ricardo, un chauffeur de SUCO qui nous a conduit à l’hôtel. C’est dans le San Antonio Abad – un vrai palace 3 étoiles – dans une chambre confortable et étonnamment luxurieuse, que je consigne par écrit mes premières impressions de mon pays d’accueil.

So far so good. Même si on ne voit pas très bien dans l’obscurité jaunâtre, j’ai été agréablement surprise par l’originalité de l’architecture liménienne. En route vers l'hôtel, nous avons passé ce qui ressemble à un quartier industriel près de l’aéroport, puis San Miguel et enfin Miraflores. J’ai vu des maisons rectangulaires multicolores qui semblent avoir été construites pêle-mêle, au fur et à mesure que les habitants ont manqué d’espace. On aurait dit des boîtes entassées les unes par-dessus les autres, décalées, disparates. Mais ce drôle d’agencement a un charme indéniable. On voit que certains bâtiments plus officiels se sont inspirés de l’architecture vernaculaire et ont été construits dans un style semblable mais avec des éléments esthétiques supplémentaires. Bref, je suis déjà tombée amoureuse du paysage urbain de Lima!

Malheureusement, ce paysage peuplé de constructions uniques est aussi pollué par des signes de la mondialisation normalisatrice. Les grandes affiches publicitaires partout, les KFC à chaque coin de rue, les dizaines de casinos arborant des noms tels que « Hello Hollywood » ou « Magic City », etc… Quel dommage de voir que les tragamonedas sont facilement les bâtiments les plus chics et les plus visibles de la ville.

Les policiers en uniforme noir militaire et les gardiens de sécurité privés des grandes résidences contrastent avec les bazardeurs miséreux et les nettoyeurs de rues qui empilent des tas de sacs d’ordures. Un peu comme en Chine, où personne ne se donne la peine de jeter les déchets dans les poubelles puisque, de toute façon, on embauche des travailleurs pour les ramasser.

Parmi la variété d’arbres bizarres et les murs couverts de graffitis, j’ai aperçu plusieurs de ces fameux chifas – mot espagnolisé provenant de 吃饭 (chifan), qui signifie « manger » – qui sont les restaurants chinois au Pérou. On les retrouve partout au pays et ils font partie intégrante de l’imaginaire collectif péruvien, qu’on me dit. En fait, les Chinois péruviens forment le plus grand groupe ethnique asiatique en Amérique du Sud.

Bref, pour résumer mon appréciation initiale de Lima, je dirais que la ville me paraît éclectique, originale et fascinante. Mais je n’ai pas encore vu ses rues et ses édifices peuplés de gens. Je vous reviendrai plus tard avec mes impressions diurnes.

lundi 10 septembre 2007

I'm Leaving on a Jetplane

C'est le jour J. Le grand départ. Je viens de me réveiller après 3 brèves heures de sommeil, la tête qui tourne et les papillons dans l'estomac. J'aurais donc dû me préparer plus à l'avance. Mais entre les formalités à règler, les blogues à écrire, les demandes d'admission en médecine à remplir et les amis à revoir, le temps a filé comme un éclair.

Après une visite de la terre natale d'Unibroue (je parle bien sûr de Chambly, QC) pour la Fête Bières & Saveurs, ainsi qu'un saut à Ste-Anne-de-la-Pérade (joli petit village avec une magnifique église, situé entre Trois-Rivières et Québec) pour les funérailles de grand-maman Tessier, c'est maintenant à Lima que je me dirige pour une formation de quelques jours, avant de me rendre dans les Andes péruviennes.

Soudainement saisie d'inquiétude à l'endroit de mon espagnol, j'ai passé la journée hier à écouter la radio péruvienne, pour me pratiquer l'oreille. Très spéciale leur manière de faire la radio. Ils aiment bien les messages chocs, avec une musique de fond et des voix dramatiques. Disons qu'une journée d'écoute n'aura pas été très efficace pour améliorer ma compréhension orale, mais au moins ça m'a amusé.

Papa est parti en Californie avec sa blonde, pour un petit voyage bien mérité. Maman est retournée à Winnipeg après les funérailles. Seule avec ma trépidation, je médite sur les aventures qui m'attendent. Serai-je réellement utile là-bas? Saurai-je m'adapter facilement? Éprouverai-je un choc culturel? Comment les Péruviens recevront-ils une Asiatique occidentale? Vais-je me faire voler mon appareil-photo neuf ou me faire mordre par un chien enragé? Aurai-je beaucoup de temps pour voyager? M'ennuierai-je de la maison, des études, des amis? Seul l'avenir me le dira.

À suivre...