
Dès la toute première journée de formation, pendant laquelle on nous a présenté le programme JSI ainsi que l'historique de SUCO, ce fut le coup de foudre. Tout au long des présentations, je fus impressionnée par la sagesse, le dévouement et surtout, le progressisme de SUCO. Sa fibre revendicatrice et son approche innovatrice ont trouvé chez moi un écho retentissant. D'ailleurs, plus j'en apprends sur mon organisme d'envoi, plus je l'admire. D'abord pour son analyse critique de son propre travail et du développement international en général, ensuite pour sa touche rebelle vis-à-vis de l'ACDI, mais aussi pour sa tradition de mobilisation citoyenne. Ses prises de position sur divers sujets ont également de quoi étonner : son soutien des mouvements révolutionnaires en Amérique latine dans les années 70, qui lui a fait perdre pendant quelque temps le financement de l'ACDI qui s'opposait à un mode de travail trop fortement coloré de militantisme ; son refus catégorique d'accepter les offres financières qui pourraient nuire à son impartialité, malgré les fréquentes propositions alléchantes des entreprises ; l'emphase mise sur le partenaire local afin d'en faire le principal acteur de tout projet, pour qu'au terme du mandat, il devienne auto-suffisant et SUCO puisse se retirer aisément... Ils nous l'ont souvent répété : la finalité de la coopération, après tout, c'est de disparaître!
Ainsi, misant sur le pouvoir local, le développement durable et les questions de genre, SUCO entreprend non seulement des échanges de connaissances à l'étranger, comme tout autre organisme de développement, mais également l'éducation des publics québécois et canadien - volet trop souvent négligé dans le monde de la coopération. Dans cette perspective, SUCO développe des projets en partenariat avec des ONG en Amérique latine, au Mali et en Haïti, en envoyant des coopérants pour appuyer le renforcement des capacités locales et pour s'engager, au retour, dans des activités de sensibilisation dans les écoles, chez les entreprises et auprès du grand public.
Lors de la formation, je me suis retrouvée au sein d'un groupe de 9 stagiaires formidables, tous extrêmement sympathiques, compétents et motivés. En raison de nos parcours très différents (pour la majorité riche en expériences interculturelles), les débats étaient toujours très intéressants. Les idéalistes nous faisaient rêver d'un monde meilleur alors que les réalistes nous ramenaient les deux pieds sur terre. Tandis que les opinions de Marie-Andrée ont fait éclater les préjugés, l'humour de Benoît détendait l'atmosphère. Tandis que l'optimisme de Louise nous motivait, les remarques d'Ariane nous amenaient à nous interroger. Les arguments de Véronique, les observations de Clotilde, les questionnements de Nancy et les anecdotes d'Ève nous faisaient soit rire, soit réfléchir. Partageant des élans communs de crainte et d'excitation face à l'aventure qui nous attendait, nous avons débattu, échangé et blagué pendant un mois. Déjà je repense avec nostalgie aux bons moments passés ensemble et je regrette de ne pas pouvoir profiter davantage de leur compagnie!
Pour ce qui est de la formation en tant que telle, je dois avouer que je ne m'attendais pas à grand chose au début. Diplômée en développement international, j'ai commencé les sessions de formation pré-départ croyant avoir très peu à apprendre à ce sujet. Cependant, je fus agréablement surprise par la qualité et la lucidité des orateurs et de leur présentation sur le développement local, la coopération internationale et l'approche genre & développement. Lors des discussions, je me suis rendue compte que malgré mon parcours académique, j'avais de sérieuses lacunes au plan de l'application du développement, de la méthodologie et du savoir-faire terrain.

Par ailleurs, les trois journées de formation en efficacité interculturelle ont bouleversé ma perspective des interactions entre les peuples. Une fois de plus, je suis entrée dans cette formation offerte par l'ACDI avec une attitude plutôt hautaine et très peu d'attentes, mais en suis sortie toute remuée. En plus d'apprendre comment les façons de penser et surtout de ressentir constituent la plus grosse (mais invisible) portion de l'iceberg culturel - contrairement aux façons d'agir qui, apparaissant à la surface, retiennent toute notre attention - j'ai également pu situer les cultures qui me sont familières dans des continuum de valeurs distinctes et retracer à ces mêmes valeurs des comportements et des croyances que j'ai souvent observés : individualisme-collectivisme (je vs. nous ; autonomie & responsabilité vs. harmonie & solidarité), hiérarchie-égalitarisme (chacun a sa juste place vs. chacun naît libre et égal), formel-informel (respect & savoir-vivre vs. spontanéité & aisance), juridique-relationnel (codes communs & entente écrite vs. estime mutuelle & contrats verbaux ; jurisprudence vs. sagesse), communication implicite-explicite (langage non-verbal, contexte & sous-entendus vs. franchise, clareté & transparence), temps linéaire-cyclique (planification & ponctualité vs. incertitude & relativité ; le présent s'organise en fonction du futur vs. le présent s'organise en respect du passé).
En analysant les étapes de l'adaptation culturelle (lune de miel, choc culturel, acclimatation, adaptation) et leurs symptômes, j'ai appris que le choc culturel pouvait se présenter sous différentes formes (attaque, fuite, désengagement) qui ne sont pas toujours faciles à identifier. D'autre part, je me suis rendue compte que même si je n'avais jamais adopté une attitude de
défense (dénigrer les différences) en situations interculturelles, j'avais bel et bien connu le
déni (nier les différences) et la
minimisation (banaliser les différences) - qui peuvent être aussi dangereuses. Les anecdotes personnelles des autres participants m'ont vraiment inspirée et les jeux m'ont révélé mon comportement en équipe (j'ai découvert que je suis parfois trop autoritaire!). Pas évident le décodage interculturel, surtout quant il faut interpréter les différents modes de communication implicite... Bref, ce fut une expérience d'introspection extraordinaire qui m'a aidée à prendre du recul par rapport à mes rencontres interculturelles passées et à les analyser sous un nouvel angle. Moi qui croyais être une experte en "interculturel", une étrangère au choc culturel et une championne de l'adaptation, je n'aurais jamais cru qu'il y avait tant de subtilités culturelles qui m'avaient échappé, que j'avais plusieurs fois manifesté des symptômes de choc culturel sans m'en rendre compte et que je n'ai pas toujours adopté les meilleures attitudes envers la différence culturelle. À la fin des trois jours, je me suis dit que tout le monde devrait suivre cet atelier et examiner de façon ouverte et critique sa propre culture et celle des autres afin de mieux comprendre, accepter et apprécier.
En conclusion, je crois que ce qui m'a le plus marquée au cours de ces dernières semaines de formation fut la constation de ce qu'on appelle, dans le jargon interculturel, mon "incompétence inconsciente", c'est-à-dire l'ignorance de mes propres lacunes. J'aime bien les expériences qui viennent casser ma prétention et me remettre à ma place (ou en bon québécois : qui font que je me couche moins niaiseuse le soir) - pour que jamais je ne devienne trop arrogante à l'égard de mes connaissances et mes compétences. Le fameux dicton anglais (voir titre) se confirme!