vendredi 7 mars 2008

Je n'aime pas les adieux

Aujourd'hui, c'est le grand départ. La clôture de cette aventure qui a duré six mois, qui m'a fait rire et pleurer, et qui aura changé ma vie. Une dernière appréciation de mon expérience me semble appropriée.

Chaque fois qu'un Péruvien me parlait de voyager à l'étranger, je m'efforçais de lui montrer qu'il n'avait pas besoin de sortir de son pays pour tout voir! Identifié comme mégadivers par l'ONU, le Pérou éblouit par sa richesse naturelle, historique et culturelle. Désert, montagnes, volcans, lacs, forêts, plages, jungle, biodiversité animale et végétale. Abondance de sites archéologiques et ruines, civilisations inca et préincas, architecture coloniale et pré-coloniale. Trois langues officielles et plusieurs non-officielles, diverses ethnies aux modes de vie uniques, cuisine éclectique, riche folklore. Il faudrait toute une vie pour connaître ce pays. Je suis heureuse d'en avoir vu une partie.

Bien sûr, tout n'est pas rose. Le trafic est chaotique, les rues sont pleines de déchets, la courtoisie est souvent déficiente, les abuseurs du système sont nombreux. Mais toute expérience, bonne ou mauvaise, instruit, éclaire, fait grandir. Là où existent vices et carences, il y a potentiel de progrès... et de braves gens qui luttent pour un avenir meilleur.






Comme après tout séjour à l'étranger, ce sont les amitiés qui me manqueront le plus. J'ai connu des personnes admirables qui m'ont inspirée par leur courage, leur motivation et leur intégrité. Une paysanne qui défend ses droits devant les mines et les autorités publiques, une contratada qui ose affronter les nombrados malgré le risque de perdre son emploi, un homme qui défie tous les stéréotypes que lui impose la société... Est-ce que je suis réellement venue aider les Péruviens? Il me semble que j'ai appris tellement plus que j'ai enseigné et j'ai reçu tellement plus que j'ai donné.

Quand je suis arrivée ici en septembre, je n'aurais jamais imaginé que je m'attacherais autant à cette terre et à ce peuple. Mais tout ceux qui ont foulé le sol péruvien vous raconteront une histoire d'amour semblable et vous expliqueront, les yeux brillants et le regard nostalgique, comment le pays des Incas les a séduit par son éclectisme éclatant et son effervescence ensorcelante.

Mon aventure au Pérou est donc terminée... pour le moment. Je dois maintenant me préparer pour les activités de sensibilisation du public, les entrevues de médecine et la phase de choc culturel inverse qui m'attendent à mon retour. À tous les amis qui ont suivi et réagi à mon blogue durant les derniers mois : ¡Muchas gracias! Et SVP, faites-moi signe si vous vous trouvez dans mon coin.

lundi 3 mars 2008

Aventure amazonienne

Iquitos est une merveille du Pérou. Il ne me restait plus qu'à connaître la selva et maintenant que je l'ai vécu, je peux vous dire que c'est un monde fascinant.

La ville m'a séduite dès le début, malgré le vacarme des millions de mototaxis et la poussière aveuglante. Lorsque j’arrive dans un endroit, je commence habituellement par visiter le marché et celui de Iquitos est probablement le plus étrange et le plus merveilleux que j'ai jamais connu. Parmi les fruits bizarres, les plantes exotiques et les viandes d'animaux mystérieux, je reconnaissais à peine 30% de tout ce que je voyais! En plus des vautours et des singes qui se promenaient au milieu des kiosques, j'ai été impressionnée par les centaines de plantes médicinales et de liqueurs amazoniennes, dont plusieurs prétendent augmenter la virilité masculine. Mes préférées, pour leur nom farfelu et évocateur : Rompe Calzón = Casse-Bobette, Levántate Lázaro = Lève-toi Lazare, Para Para = Debout Debout.

Et que dire de Belén? Incroyable. Je ne savais pas que tout un quartier de Iquitos était situé sur la rivière Amazonas! En sortant du marché, on entre dans une rue où l'eau arrive jusqu'à mi-chemin et les maisons et magasins ont tous deux étages parce que le premier s'inonde durant la saison des pluies. De là, on peut louer un canot, seul moyen de transport local, pour explorer les maisons flottantes du quartier et voir les enfants nager dans l'eau brunâtre au milieu des nénuphars géants et des îlots de déchets. On surnomme l'endroit « Venise du Pérou », mais à la différence de la ville italienne, ce sont les plus les pauvres qui y vivent.

Bien que Iquitos soit un endroit hors du commun, accessible seulement par bateau ou avion, elle demeure une ville moderne au coût de vie relativement élevé. En revanche, la jungle, c'est tout un autre monde. 3 jours et 2 nuits, je suis restée dans la selva dans une auberge à 2 heures en bateau de la ville. Avec un guide, j'ai exploré les forêts et les rivières de l’Amazone, où j'ai vu des paresseux, des tarentules, des iguanes, des lézards, des dauphins, des piranhas, des insectes étranges et des dizaines d'espèces d'oiseaux. Mais l'animal que j'ai le plus fréquenté est indubitablement le maringouin. Jour et nuit, cet insecte détestable m'a piquée jusqu'à ce que je sois devenue une piqûre géante. Tous les jours badigeonnée avec 5 couches d'insectifuge, j'ai vraiment pété ma coche lorsque, étendue dans un hamac, j'ai senti les moustiques féroces me piquer à travers deux épaisseurs de tissu. J'ai trouvé plus supportable la chaleur contre laquelle on m'avait prévenue que les &*%$#@ de bébittes!

Les communautés m'ont beaucoup impressionnée, moi qui suis arrivée avec la naïve idée que j’allais voir des humbles maisons de paille dans des villages plus ou moins rustiques. Je me suis vite rendue compte que les tentacules de la modernisation étaient arrivés jusqu'au fond de la jungle, où les gens s'habillent à l'occidentale et vivent dans des maisons modernes, même au coeur de la nature sauvage. Mon guide m'a amenée à son village natal, curieusement appelé Centroamérica, que nous avons visité en suivant l’unique trottoir en béton, bordé de bananiers et de pamplemoussiers et peuplé de maisons branchées à des panneaux solaires, qui se termine dans les cours de l'école et de l'église. Les habitants, joviaux et avenants, qui parlent un mélange de leur langue locale et d'espagnol, m'ont offert un verre de chullurín, une délicieuse liqueur selvatique de couleur turquoise vif.

Comme tous les guides de l’auberge, le mien était né dans la faune et la flore de la selva et avait étudié dans un institut de tourisme à Iquitos. Alors qu’il me racontait l’éprouvant processus d’adaptation qu’il avait vécu en déménageant à la ville, je ne pouvais qu’admirer sa force de caractère, sa débrouillardise et son amour pour la jungle. Amateur des véhicules motorisés et parlant trois langues, il savait également imiter à perfection le chant des oiseaux et nommer tous les animaux et plantes de sa terre natale.

Quoique citoyens du même pays, les gens de la selva sont nettement différents de ceux de la sierra. Ici à Huallanca, même les enfants ont peu l’habitude de sourire. Dans les commerces, on t’accueille froidement et c’est à peine si on te regarde dans les yeux. La musique traditionnelle, le huayno, est souvent composée de mélodies moroses et de paroles plaintives. Toute la culture est imprégnée de cette profonde mélancolie qui m’avait marquée dès le début. Au contraire, à Iquitos, dans les quartiers riches et pauvres, les gens sont chaleureux, la musique est gaie, les couleurs sont vives et même l'accent est allègre. Parfois je me dis que la misère et la souffrance s'endurent mieux dans la chaleur que dans le froid.

lundi 11 février 2008

Ma région préférée du Pérou

Huaraz, pour moi, c’est LA ville parfaite. Un climat agréable, des paysages hallucinants, un coût de vie modique, des commerces diversifiés, une vie nocturne animée… L’endroit n’est ni trop grand et chaotique, comme Lima, ni trop petit et monotone, comme Huallanca. On y trouve tout ce que l’on a de besoin pour vivre heureux et satisfait. Et pour les amateurs d’aventures et de plein air, il n’y a pas meilleur endroit. Seule l'architecture laisse à désirer, vestige du séisme de 1970 qui a fait plus de 10 000 morts et a ravagé le paysage urbain.

Je suis arrivée à Huaraz durant le Carnaval, fête de délire et de débauche. À Huallanca, on le célèbre en accrochant dans la plaza, à la vue de tous, une poupée sosie et une pancarte racontant la vie (surtout amoureuse) de quelques malchanceux qui feront l’objet des potins villageois durant les prochaines semaines. Comme dans tout le pays, les jeunes s’amusent à se lancer de l'eau par la fenêtre et dans les rues. Justement quand j’étais en train de raconter à un chauffeur de taxi que je n’avais pas encore été mouillée **!SPLAF!** j’ai reçu par la fenêtre ouverte du véhicule un ballon d’eau en plein visage. Quelques heures plus tard, n'ayant pu comprendre par-dessus le vrombissement du moteur les cris du chauffeur de mototaxi qui m'ordonnait de fermer la portière ouverte, j'ai encore une fois été victime d'une violente attaque aqueuse.

Le Carnaval de Huaraz est un événement d’ampleur. Durant martes guerra, personne ne sort de sa maison sauf pour mouiller. Tous les commerces ferment leur porte et les véhicules disparaissent de la rue. En gang, les gens sortent avec leurs fusils d’eau et leurs seaux de peinture et d’huile pour attaquer tout être sur leur chemin. À moins d’être prêt pour une guerre sale, vaut mieux rester chez soi. D'esprit peu belliqueux, je préfère observer les Viudas (veuves), ces hommes déguisés en femmes avec des masques grotesques, qui déambulent dans la rue à la poursuite de garçons peureux qui se feront embrasser, cajoler et battre. Quand arrivent ces personnages fous, tous les hommes s'enfuient terrorisés… et moi je meurs de rire.

De loin le plus bel épisode de mon voyage fut la randonnée à la lagune Churup. Avec 3 heures de sommeil et une gueule de bois, mon ami et moi avons parcouru près de 2 km de pentes raides pour arriver à un endroit réellement magique. Une étendue d’eau cristalline à 4450 mètres d’altitude, Churup est un joyau naturel enchanté et quasi intact, dont la beauté a rapidement chassé l'intoxication et la somnolence de nos corps. Après une nuit de camping au pied du glacier, nous nous sommes réveillés dans la brume matinale, reposés, émerveillés, au milieu d’un paysage divin.

Mon excursion dans le Callejón de Huaylas, ce long corridor naturel parsemé de villages coquets, a également été mémorable. Les trois principaux attraits, Carhuaz, Yungay et Caraz, ressemblent à des versions plus petites et champêtres de Huaraz.

Moins jolie que Churup, la lagune Llanganuco, dressée au-dessus de Yungay, au creux d'une faille profonde entre les pans de la Cordillère Blanche, est d’une couleur turquoise irréelle et entourée d'impressionnants queñuales, ces arbres andins résistants au froid et à l'altitude qui me rappellent les mains noueuses des vieillards de Huallanca.

À Caraz, les ruines de Tumshukaiko, datant du 2è siècle a.v. J-C., s'élèvent au milieu d’un paysage de cactus et de montagnes. Dans ce site archéologique étrangement solitaire, dépourvu d'enseignes, sans la moindre trace de visiteurs, j'ai senti un léger frisson d'angoisse en parcourant seule les tunnels sombres et silencieux de la cité inhabitée.

J’aurais tellement aimé faire partie d'un projet de SUCO à Huaraz. Si un jour je décide de m’établir au Pérou, c’est là que j’irai. Mais ne vous inquiétez point chers amis Canadiens, pour l'instant Montréal est toujours ma ville de prédilection.

dimanche 3 février 2008

Les hauts et bas du travail quotidien

La grève du centre de santé est enfin levée. Moi, j'ai célébré la nouvelle avec joie et soulagement, mais pour mes collègues, c'était la panique totale. Après des semaines de "repos payé" (et oui, les employés de l'État continuent de recevoir leur salaire même en grève!), le travail s'était accumulé et les rapports à remettre aussi. Il faut dire qu'ils ont eu amplement de temps pour tout faire, mais avec le Dr. Tito parti tout un mois, ils ont préféré potiner et boire que labourer. Les "dueñas" (propriétaires) du centre ont également imposé de nouveaux règlements de travail : leur usage exclusif d'un des deux ordinateurs achetés par SUCO, l'interdiction de laisser entrer tout autre que les employés du Centre de santé (par exemple, ceux de ADRA ou de la mine, qui sont pourtant des partenaires de travail) et le port obligatoire des uniformes officiels. Par conséquent, l'atmosphère de travail est maintenant beaucoup plus tendue. Entre autres, les différences entre nombrados et contratados sont de plus en plus prononcées. Durant la grève, les contratados soignaient des patients en cachette tandis que les nombrados partaient avec l'ambulance pour faire la fête dans le village voisin. En revanche, maintenant que le travail a repris, les nombrados ne permettent pas l'usage du véhicule pour les sorties en communauté à moins d'une cotisation pour l'essence. Quand j'ai refusé d'utiliser mon budget pour couvrir les coûts, on racontait par la suite que, mesquine, j'utilisais l'argent de SUCO pour voyager à Cuzco mais que je ne pouvais même pas contribuer 20 soles à l'essence. Je crois déjà avoir mentionné mon aversion pour les potins et les potineux qui, malheureusement, abondent à Huallanca.

Heureusement, mon second mandat de travail s'avère passionnant. À chaque visite en communauté rurale, endroits isolés généralement accessibles seulement à pied ou à cheval, j'ai été accueillie avec chaleur et confiance, malgré mon statut d'étrangère. Après 2 à 4h de marche (ou de trot, si chanceux), au milieu de paysages pittoresques, souvent sous la pluie verglaçante, les habitants nous attendent avec des poignées de main chaleureuses et un dîner chaud. La majorité sont attentifs lorsque je donne mes charlas sur les infections respiratoires et les maladies diarrhéiques, mais certaines communautés sont visiblement plus participatives que d'autres. Les différences individuelles sont également notables : tandis que certains paysans vivent dans des conditions précaires, d'autres ont des enfants grassouillets et bien nourris, une maison propre et moderne et beaucoup d'animaux. L'éducation, mais également la motivation personnelle, y sont pour beaucoup. Je ne regrette pas de ne pas avoir fait le Chemin Inca jusqu'à Machu Picchu ; tout près de Huallanca il y a au moins deux chemins incas que j'ai déjà parcourus et dont les paysages rivalisent sûrement ceux du sentier plus connu.

En communauté, je suis toujours accompagnée de l'équipe du projet de nutrition financé par la compagnie minière japonaise Santa Luisa. J'ai ainsi découvert qu'il y a peu de secteurs dans lesquels les mines ne sont pas impliquées. Santé, éducation, agriculture, environnement... Dans les communautés rurales de Huallanca, après avoir construit des écoles, semé des pâturages et creusé des puits, la mine fournit maintenant matériaux, personnel et ateliers de formation dans le cadre du projet de nutrition. Cette aide intégrale est certes louable d'un certain point de vue, mais rend la mine encore plus indispensable pour le Pérou et les Péruviens, celle-ci étant devenu un acteur non seulement économique, mais aussi politique et social. Curieusement, si l'on demande ici à un élève du secondaire ce qu'il veut faire plus tard, au lieu de "docteur", "avocat" ou "professeur", on recevra plutôt comme réponse "ingénieur des systèmes", "ingénieur de procédés chimiques", "ingénieur de l'environnement" ou encore "ingénieur de machinerie lourde"... tous des métiers bien payés dans les mines. Vous ne saviez pas qu'on pouvait être ingénieur de toutes ces choses? Moi non plus. Mais les enfants de Huallanca, eux, si. Et le plus triste, c'est qu'ils finiront tous par travailler pour les transnationaux qui accaparent une portion croissante de la main-d'oeuvre nationale. Entre les fonctions publiques à salaire minable et les rarissimes postes au sein de sociétés privées péruviennes, pas difficile de comprendre pourquoi tant de jeunes éduqués optent pour la paye élevée, les bonis généreux, les promotions régulières, la sécurité d'emploi, l'assurance complète et les facilités d'embauche pour la parenté qu'offrent les minières. Ainsi, le potentiel du pays, plutôt que d'oeuvrer pour le développement du Pérou, travaille pour remplir les poches des patrons étrangers. J'ai un ami qui, justement, est pris dans un combat interne entre la poursuite de ses objectifs de carrière et la commodité de son travail à Antamina, une des plus grandes entreprises minières au pays... une canadienne en plus! En l'écoutant raisonner, je comprends bien que son dilemme n'est pas facile à résoudre, mais je me demande quand même, amèrement, combien de mineurs ont abandonné leurs rêves pour pouvoir porter leur casque blanc et conduire leur camionnette Tucson.

mardi 8 janvier 2008

Je les aime après tout, ces gringos

"Certains pensent qu’ils font un voyage, en fait, c’est le voyage qui vous fait ou vous défait." - Nicolas Bouvier

Chaque séjour à l’étranger a changé ma vie. Espagne. Genève. Harbin. Huallanca. Même deux semaines de voyage au Sud du Pérou m’ont transformée.

L’hospitalité de la famille de ma collègue Hermelinda et la beauté des paysages du plus profond canyon au monde m’ont marquée lors de mon séjour à Arequipa, la Cité Blanche. Une ville esthétiquement charmante, de lampadaires, d’églises et de volcans éteints.

À la frontière sud du pays, le lac navigable le plus élevé au monde et ses trésors culturels m’ont éblouie. Je n’ai jamais rien vu de semblable aux îles flottantes des Uros sur lesquelles vivent, nus pieds, les descendants d'un ancien peuple qui s’était établi sur le lac Titicaca pour fuir la domination des Incas il y a près de 800 ans. Leur source de vie : la totora, paille marine comestible utilisée dans la confection des îles, des maisons, des meubles, des observatoires et des majestueux canots. Plus loin, les îles Taquile et Amantani hébergent chacune quelques milliers d’habitants quechua qui vivent de l’agriculture et du tourisme.

Aux environs de Puno, les sites de Chucuito et de Sillustani offrent des scènes impressionnantes. Le premier est un lieu culte dévoué à l’adoration de l’organe génital mâle : partout dans le village on retrouve la forme du phallus, mais dans sa manifestation la plus éclatante au Templo de la Fertilidad, véritable jardin de pénis de différentes tailles et formes. Le deuxième est un site archéologique bordé d’une magnifique lagune et parsemé de chullpas, gigantesques sépulcres pré-incas où on enterrait les plus sages de la tribu.

De l'autre côté de la frontière sud, après une brève escale à l'immanquable Copacabana, j'ai atteint ma destination finale : La Paz. La ville m’a d’abord paru austère, dû à la pluie et au froid qui m’ont accueillie. Mais en descendant en vélo de montagne, depuis 4600 mètres d’altitude, la Ruta de la Muerte, chemin étroit, sinueux et caillouteux, baigné dans le brouillard et entrecoupé de cascades, qui a fait la mort de plusieurs, j’ai pu admirer la beauté de la sierra bolivienne. Et le lendemain, en parcourant la ville à pied, depuis le centre replet de musées et d’édifices coloniaux jusqu’aux quartiers populaires tout en haut des collines, j’ai découvert le côté plus chaleureux de la capitale administrative.

Au Pérou comme en Bolivie, j’ai rencontré au cours de mes périples une variété de touristes nationaux et étrangers avec qui j’ai pu explorer le jour et sortir le soir, de sorte que je n’ai pas célébré seule Noël et le Jour de l’An. Habituellement lorsque je voyage, j’essaie d’éviter les autres touristes, mais je dois avouer qu’après 4 mois d’isolation à Huallanca, j’ai plutôt apprécié la compagnie des voyageurs occidentaux.

Les seuls mauvais souvenirs de mes vacances : oublier ma carte de banque dans le guichet automatique la première journée à La Paz et passer plus de 12h, inconfortable et affamée, dans un autobus Lima-Huallanca le jour de ma fête. But all’s well that ends well.

mercredi 26 décembre 2007

En el Ombligo del Mundo

Cuzco m'a éblouie. Je m'attendais à un petit village joli, ennuyant et trop touristique. Je l'ai trouvé riche et vibrante. Le centre-ville est d'une beauté qui évoque (et rivalise presque) les capitales européennes. Les Espagnols, malgré leur pillage impardonnable des constructions incas et pré-incas, avaient quand même un don pour l'aménagement urbain. Sous le soleil et le ciel azur, il n'y a rien de plus agréable que de se promener dans la Plaza de Armas et les petites ruelles pavées de pierres... sauf quand on se fait assaillir par des vendeurs ambulants aboyant des formules anglaises apprises par coeur. C'est ainsi que m'a abordée Raúl, un jeune artiste de cartes postales qui a offert d'être mon guide... et mon petit ami! 1er hic : il avait 16 ans. 2è hic : je partais l'après-midi même pour Puno. 3è hic : je partais dans trois mois pour le Canada. Mais ces obstacles ne semblaient pas le déranger. ¡Relación a distancia! Euh... non. ¡Enamorados por algunas horas! (Copain-copine pour quelques heures) Euh... non plus.

Le contraste centre-périphérie accentue la modernité et l'esthétique du noyau urbain - d'où sortent peu de touristes - et l'indigence des quartiers marginaux, situés en hauteur. Quoique sales et négligés, les barrios populares sont, à mes yeux, bien plus attrayants que les havres touristiques, puisqu'ils ont une authencité inaltérée et sont bien plus remplis de vie, c'est-à-dire d'enfants qui courent, de vieillards qui jasent, de commerçants qui marchandent. Comme à Lima, les gens (dont les parents de mon prétendant Raúl) sont descendus des communautés avoisinantes pour gagner leur vie dans des conditions plutôt difficiles, mais ont su y développer leur style de vie propre.

Les endroits intéressants à explorer ne se limitent pas à la ville même. Dans les villages de la Vallée Sacrée à moins d'une heure en voiture, des ruines, des forteresses, des constructions hydrauliques et une variété de sites incas et pré-incas attendent les amateurs d'histoire et d'archéologie. Le plus intriguant, c'est que dans la même région, chaque site est unique. Les Incas avaient apparemment le souci d'être originaux dans chacune de leur construction.

Tout le monde m'avait dit que Cuzco était cher. Certes, les sites touristiques coûtent un bras, mais le logement et la nourriture ne sont dispendieux que pour ceux qui ne se donnent pas la peine de chercher plus loin. Par exemple, à Aguas Calientes (village près de Machu Picchu) au 2è étage du marché central, des cuisines ouvertes offrent d'excellents plats de la région à prix modiques, mais les touristes évitent l'endroit parce que l'entrée est peu attrayante et légèrement sale. Quant aux hôtels, il suffit de s'aventurer un peu plus loin de la plaza pour en découvrir des abordables. À Cuzco, on trouve des restos à 30 soles le plat mais aussi à 1,50 soles et des hôtels à 70 soles par nuit comme à 8 soles, de qualité semblable. Il s'agit d'explorer un peu, mais surtout de demander aux locaux qui ne peuvent se permettre le luxe des voyageurs. D'ailleurs, je n'ai jamais compris comment quelqu'un pouvait être attiré par les endroits clairement bricolés pour les touristes (est-ce que le nom "Restaurant Turístico" vous ouvre l'appétit?). Mieux vaut rester à la maison si, même en voyage, on n'ose pas sortir de sa zone de confort pour vivre une réalité culturelle autre mais authentique.

dimanche 23 décembre 2007

Visite d'une Merveille du Monde

J'y suis entrée par un beau matin ensoleillé dans ce lieu enchanteur dont l'image idyllique a été maintes fois reproduite sur les murs des agences de voyage. À tout moment en me promenant sur le Chemin Inca, je m'attendais à ce que Tao et son perroquet Pichu sortent d'entre les arbres pour m'emmener à l'aventure, mais ce sont plutôt des gringos qui me sont apparus. Des Québécois même. Et deux Français, avec lesquels j'ai fini par passer la veille de Noël calant un Pisco Sour et savourant une délicieuse fondue au fromage andin, avant d'entrer dans une discothèque clairement touristique juste à temps pour le Happy Hour.

Ce soir-là, j'ai vu un Étasunien soûl, penché par-dessus le balcon, jetant des pièces de monnaie à des gamins pauvres qui faisaient exploser des pétards dans la plaza. On aurait dit une scène dans un zoo, où le visiteur niais lance des miettes de pain aux animaux affamés. Le gringo, lui, trouvait ça bien amusant. Puis, pour témoigner de sa très grande intelligence, il a décidé de lancer sa bouteille de bière aussi. Paf! "You know you could have smashed somebody's head," lui ai-je dit furieusement. "Hehe... bang!" m'a-t-il répondu avec un sourire idiot, comme seuls les touristes ivres savent afficher.

Mais revenons à Machu Picchu. Ç'aurait pu être mille fois plus magique s'il y avait eu moins de touristes, plus de temps pour une montée à pied, moins de structures modernes construites pour accueillir les visiteurs, plus de signes d'antiquité plutôt qu'une restauration impeccable... Il faisait très beau ce jour-là, mais j'aurais presque préféré plus de nuages pour ajouter à l'ambiance mystique. Malgré tout, la "merveille" est tout de même merveilleuse. Un endroit qui sort tout droit d'un rêve ou d'un livre de fantaisie. En fait, le site m'a beaucoup rappelé Gondor du Seigneur des Anneaux, avec une touche de Emperor's New Groove. J'ai particulièrement apprécié la présence des lamas broutant au milieu des ruines.

Ce qui rend les anciennes civilisations si charmantes, d'après moi, c'est leur usage du symbolisme. Chacun des oeuvres a une signification, une figuration, une abstraction. Ces peuples se sont donnés la peine d'être créatifs et minutieux et de donner un sens à ses oeuvres. Grand contraste avec nos blocs de béton modernes dont la beauté se mesure par mètres de hauteur et au dollar l'unité. Il me semble que les travaux des Anciens étaient davantage motivés par des idéaux que par le gain, tandis qu'aujourd'hui le pragmatique et le pécunaire ont remplacé l'inspiration exaltée. Bien que j'apprécie les constructions du passé, elles me rendent toujours un peu triste, puisque je me dis, en les admirant, que jamais plus on ne réussira à rivaliser leur splendeur.