mercredi 26 décembre 2007
En el Ombligo del Mundo
dimanche 23 décembre 2007
Visite d'une Merveille du Monde
Ce soir-là, j'ai vu un Étasunien soûl, penché par-dessus le balcon, jetant des pièces de monnaie à des gamins pauvres qui faisaient exploser des pétards dans la plaza. On aurait dit une scène dans un zoo, où le visiteur niais lance des miettes de pain aux animaux affamés. Le gringo, lui, trouvait ça bien amusant. Puis, pour témoigner de sa très grande intelligence, il a décidé de lancer sa bouteille de bière aussi. Paf! "You know you could have smashed somebody's head," lui ai-je dit furieusement. "Hehe... bang!" m'a-t-il répondu avec un sourire idiot, comme seuls les touristes ivres savent afficher.
jeudi 6 décembre 2007
Mon petit monde fascinant
À défaut de divertissements, les gens s'occupent à potiner. J'y suis moi-même victime. Il y a beaucoup d'alcooliques. Tous les hommes trompent leur femme, et plusieurs de celles-ci trompent également leur mari. Dans l'unique discothèque du village travaillent des jeunes de 10 ans, qui se déplacent entre les danseurs pour ramasser les bouteilles vides ou cassées et pour nettoyer le plancher. Les prostituées, qui chargent 30 nuevos soles (10 dollars) par nuit, attendent près des hôtels. Étonnament, la moitié de leur clientèle est constituée de jeunes garçons de 14 ans qui, victimes de pression sociale de la part de leurs amis et leurs frères aînés, s'initient précocement au sexe. Dans les rues, à côté des piétons, se promènent les chiens errants et enragés, avec les cochons, les poules et les moutons. 30% des adolescentes sont enceintes. Dans la maison, les enfants de 2 à 7 ans regardent des films violents ou d'horreur. On traite les animaux domestiques comment des microbes, des monstres ou des esclaves. Les enfants aux yeux et cheveux pâles sont ceux qui souffrent de malnutrition. Le machismo est un problème de taille, mais bizarrement, le coiffeur du village est un étranger homosexuel qui se nomme Paola et qui a plus d'amis que la moyenne des gens. Parfois les huallanquinos m'enragent, mais la plupart du temps je les adore.
Dernièrement, j'ai vécu une expérience quelque peu traumatisante. Un blogue public n'est pas l'endroit idéal pour partager une telle histoire, alors si vous voulez en savoir plus, écrivez-moi un message personnel. Par contre, je peux vous raconter que maintenant je connais mieux le système juridique du Pérou. De plus, je comprends enfin ce que sont le stress post-traumatique, la peur de dénoncer et le découragement face à la bureaucratie.
J'ai également découvert que le concept de confidentialité n'existe pas ici, où les consultations avec les experts (légaux, médicaux, etc.) se font à porte ouverte et les affaires personnelles sont exposées au grand public. Cette négligence de la vie privée m'a permis d'assister à l'accouchement d'une femme d'âge mûr, expérience qui m'a fait voir la superfluité de plusieurs de nos procédés médicaux modernes qui ne sont que le produit de notre lâcheté face à la souffrance. Ayant assisté à la naissance de ma soeur au Canada, je peux vous assurer que le déroulement est bien différent. Plutôt que de rester au lit longtemps avant et après l'accouchement, d'être tenue par la main et injectée d'analgésique, la femme enceinte ici est debout quelques minutes pré et post délivrance et donne le jour de façon beaucoup plus solitaire et naturelle, sans bidules, sans artifices. Je suis maintenant convaincue que je veux enfanter sans épidural avec l'assistance d'une sage femme.
mercredi 21 novembre 2007
Jackie Chan au Pérou
C'est fou le nombre de fois où Jackie Chan s'est glissé dans mes pensées dernièrement. En route vers Trujillo, un jeune dans l'autobus m'a dit que je ressemblais à Jackie Chan. Ici à Chiclayo, j'ai passé devant un Chifa Jackie Chan. Il y a quelque temps, un type de La Unión, ville de Huánuco à une demie heure de Huallanca, m'a dit que si j'avais su pratiquer les arts martiaux comme son héros Jackie Chan, j'aurais été la femme parfaite pour lui. (J'étais contente de ne pas l'être.) Je ne crois pas que l'acteur hongkongais et moi ayons tant en commun, mais lorsqu'on est confronté à l'inconnu, on a tendance à s'accrocher à la référence culturelle qui nous est la plus familière. Dans mon cas, cela veut dire que je continuerai à me faire comparer à toutes sortes de figures asiatiques stéréotypiques : Jackie Chan, Bruce Lee et Jet Li ; Keiko, la fille de Fujimori ; Song Juh, personnage principal du populaire téléroman coréen Escalera al Cielo... Je me suis habituée à l'attention, mais je continue d'être surprise lorsqu'on est davantage fasciné par la china que la gringa. Gail, à son arrivée, me l'a bien dit : "Sophie, personne ne me regarde, tout le monde te regarde." L'empire chinois serait-il à veille d'éclipser l'empire américain...?dimanche 11 novembre 2007
Boulot
Parlons un peu de mes compagnons de travail. Je m’entends super bien avec la grande majorité d’entre eux, mais après un mois et demi à Huallanca, j’ai réussi à mieux décoder les rôles et les personnalités de chacun.
Le Dr. Tito, chef du Centro, est un homme bien sérieux et formel, qui adore diriger et faire sentir son autorité. Quelque peu arrogant, il garde toujours une distance froide avec ses subordonnés. En revanche, le docteur serumista Luis, quoiqu’il tente de s’imposer, n’a ni le respect ni l’affection de ses collègues. Tous se plaignent de sa couardise et sa prétention.
Le chef du centre, Dr. Tito, qui devrait orienter son équipe dans la bonne direction, voyage souvent entre Huallanca et Lima et n’est presque jamais présent. Le Dr. Luis, qui est en charge du dossier prévention, est trop occupé à se regarder le nombril. Mariza, l’infirmière en chef qui prend en charge toutes les fonctions du docteur lorsqu’il est en voyage, bien que motivée, n’a pas le temps de se dévouer à la prévention. Qui reste-il donc? Émilie, Hermelinda et moi, qui nous impliquons dans tout, qui poussons dans le dos de tous, qui nous désespérons parfois du manque de volonté.
mercredi 24 octobre 2007
Mes premières vacances dans le désert
La cerise sur le gâteau : le climat de Ica. Chaud, sec, ensoleillé. J'aime bien Huallanca, mais l'humeur ne reste pas indifférent au froid et à la pluie. J'y retourne demain matin, prête à me remettre au travail.
lundi 8 octobre 2007
J'admire et on m'admire
Seul hic : les hormones juvéniles! Un jeune m’a demandé si j’étais de la famille de Fujimori, un autre a voulu prendre une photo avec moi et plusieurs ont demandé que je parle de la Chine plutôt que du thème principal. « Ha llegado mi corazón » (Mon cœur est arrivé), « Estoy enamorado » (Je suis en amour), « Al verte subo al cielo » (Je suis au ciel en te voyant) sont des commentaires récurrents. Tout haut, sans gêne, devant toute la classe! Maintenant qu’ils me connaissent, les garçons ont pris l’habitude de me siffler dans les couloirs du collège comme dans la rue. Vous vous doutez bien que ça me met mal à l'aise. Surtout quand presque tous les hommes du village agissent de la même façon. Et comment suis-je sensée réagir à cette attention gênante et indésirable? Des conseils???
dimanche 23 septembre 2007
Et l'aventure commence!
vendredi 21 septembre 2007
Les mines me minent
Tous les collègues et certains amis étaient invités. Avec musique de fond, assis sur les divans de la grande maison d’Émilie, on a parlé des régions du Pérou, des histoires de voyages en moto dans les communautés (oui, moi aussi je vais apprendre à faire de la moto!) et de la vie à Huallanca. On buvait à la péruvienne, c’est-à-dire tour à tour avec le même verre, chacun prenant une gorgée de bière et vidant la mousse dans un bol à terre puis passant le verre et la bouteille au prochain. Je n'ai jamais été amatrice de la bière, mais puisque c'est tout ce que l'on semble boire ici, j'ai résolu de me familiariser avec les marques et les rites associés à sa consommation. Première leçon d'Émilie : les bières péruviennes varient en popularité, dépendant de la région - Pilsen au Nord, Cusqueña dans la costa, Cristal dans la sierra. Heureusement, le Pérou a aussi ses vins et ses liqueurs, notamment les vins sucrés et le Pisco de la région d'Ica, qui sont beaucoup plus susceptibles de conquérir ma faveur.
mardi 18 septembre 2007
Premières impressions de Huallanca
Enfin, je rencontre Émilie, la coopérante qui travaille étroitement avec le Centro. Elle parle avec une telle fluidité et un accent local si authentique que j’en suis éblouie. Parfaitement intégrée dans la communauté qu’elle habite depuis 2 ans, elle a visiblement l’amitié et la confiance des employés de SUCO et du centre, ainsi que de la population. En l’accompagnant à son atelier sur la nutrition dans une classe du soir où participent adultes, enfants et bébés, je m’émerveille devant son talent oratoire et me demande si, en 6 mois, j’atteindrai le même niveau de confort.
dimanche 16 septembre 2007
Les plus beaux paysages que j’ai jamais vus
Arrivées à Huaraz, je me promène avec Meche dans les rues achalandées où se côtoient écoliers, mendiants, marchands de vêtements à laine d’alpaca et vendeurs de chiots. Ravagée par un tremblement de terre il y a 30 ans, cette ville touristique à 3 heures de Huallanca s’est reconstruite dans le désordre et le chaos, mais la diversité et l’abondance de ses commerces en font un endroit animé et fascinant. Après une brève tournée, pendant laquelle j’ai eu droit à plusieurs regards curieux et à des ¡mira mira!, ¡oye chinita!, ¡hola bonita!, etc., je me dis que j’y reviendrais sûrement assez souvent.
Demain, nous partons à 6h du matin pour ma destination finale.
vendredi 14 septembre 2007
Adaptation
Ariane et moi partageons une chambre d’hôtel dans le quartier central et aisé de Miraflores. Heureusement, nous nous entendons bien et nous avons sensiblement les mêmes préférences quant à la nourriture, la manière de voyager, etc. Nous passons la journée dans le bureau de SUCO à recevoir la formation et pendant la soirée, nous nous promenons dans la ville, explorant les boutiques, les marchés artisanaux et les cafés, sous l’effet somnolant du ciel gris, de l’humidité et du froid transperçant.
Même si les plages sont sales et la pollution est étouffante, j’adore le paysage liménien pour ses maisons excentriques et ses immeubles bas. Il y a peu de grands édifices pour cacher le ciel et les quelques appartements et hôtels qui font exception à la règle nuisent considérablement au charme urbain. En revanche, le système de transport me plaît beaucoup moins. Les combis (espèce de mini-bus privés qui remplacent les transports publics inexistants) sont souvent bondées et leurs contrôleurs de billets peuvent être très désagréables. Les taxistes conduisent comme des fous et refusent souvent de t'amener dans les districts lointains. Le réseau de tramway, à moitié terminé sous le premier gouvernement de Garcia, ne fonctionne que dans un district. Dommage qu'il y ait si peu de piétons et de cyclistes, mais tant d'automobilistes qui pratiquent le klaxonnement préventif.
Quant à mon espagnol, j’ai fait pas mal de progrès depuis mon arrivée lundi soir. Je comprends quasiment tout, mais j’ai encore du mal à m’exprimer. C’est à Huallanca que je vais réellement m’améliorer, quand j’aurai à travailler chaque jour en espagnol et que je ne serai plus avec Ariane (on se parle en français et quand on sort c’est habituellement elle qui prend la parole parce qu’elle parle beaucoup mieux que moi).
Comme partout ailleurs, les gens voient difficilement au-delà de l'apparence, surtout ici où l'ethnie est un signe de statut socio-économique important. Les indígenas sont les paysans simplets et tranquilles, les Afro-péruviens les fêtards indigents, les Sino-péruviens les commerçants habiles, les Péruviens japonais les entrepreneurs ambitieux... Évidemment, l'élite est majoritairement blanche et les visages dans les publicités aussi. Monica, chanteuse afro-péruvienne et fondatrice d'une ONG qui promeut la culture et les droits des Noirs, me raconte qu'en raison de la couleur de sa peau, elle se fait toujours traiter comme une étrangère dans son propre pays : on lui parle en anglais, on lui demande de quel pays elle vient, etc. Ça me rappelle un peu ma propre situation au Québec, où l'on m'adresse toujours la parole en anglais, on est surpris quand je parle sans accent, on me demande si je suis adoptée, etc. Mais contrairement à moi, qui suis issue d'une famille immigrante, ses ancêtres ont vécu au Pérou depuis des siècles.mardi 11 septembre 2007
Arrivée
Je suis arrivée saine et sauve à Lima, avec tous mes bagages et toute ma bonne humeur, malgré le manque de sommeil des derniers jours.Par un heureux hasard, j’ai rencontré maman, les flots et le beau-père à l’aéroport. Ils étaient là depuis belle lurette mais n'étaient toujours pas embarqués dans l’avion pour Winnipeg à cause de problèmes de bagages. J’ai pu leur dire une dernière fois au revoir avant de les quitter pour 6 mois.
Dans la salle d’attente, j’ai trouvé Ariane, l’autre stagiaire de SUCO au Pérou, en compagnie d’une nouvelle amie liménienne Monica. Celle-ci nous a parlé de la vie nocturne et de la scène musicale de la capitale, ainsi que du tremblement de terre et de l’état de traumatisme psychologique des populations sinistrées.
Après une escale de 2 heures à Toronto, je me suis retrouvée assise à côté d’une femme âgée péruvienne, avec qui j’ai conversé en espagnol pendant tout le vol. « Son muy abiertos y calurosos los Peruanos, no como los Quebequenses. Vas a ver, te encantará el Perú. » Je soupçonnais que son évaluation peu positive du Québec avait quelque chose à avoir avec un manque d'intégration linguistique et culturelle et le fait que malgré ses 17 ans à Montréal, elle retournait chaque hiver dans son pays natal. Elle devait considérer le Canada non comme une terre d’adoption, mais un endroit de transit pour lequel elle ne ressentait ni appartenance ni affection. Ce qui ne signifie pas qu’elle était une mauvaise personne. Au contraire, elle fit preuve de cette chaleur péruvienne dont elle me parlait en me laissant ses coordonnées et en m’invitant à faire un tour chez elle.
So far so good. Même si on ne voit pas très bien dans l’obscurité jaunâtre, j’ai été agréablement surprise par l’originalité de l’architecture liménienne. En route vers l'hôtel, nous avons passé ce qui ressemble à un quartier industriel près de l’aéroport, puis San Miguel et enfin Miraflores. J’ai vu des maisons rectangulaires multicolores qui semblent avoir été construites pêle-mêle, au fur et à mesure que les habitants ont manqué d’espace. On aurait dit des boîtes entassées les unes par-dessus les autres, décalées, disparates. Mais ce drôle d’agencement a un charme indéniable. On voit que certains bâtiments plus officiels se sont inspirés de l’architecture vernaculaire et ont été construits dans un style semblable mais avec des éléments esthétiques supplémentaires. Bref, je suis déjà tombée amoureuse du paysage urbain de Lima!
Les policiers en uniforme noir militaire et les gardiens de sécurité privés des grandes résidences contrastent avec les bazardeurs miséreux et les nettoyeurs de rues qui empilent des tas de sacs d’ordures. Un peu comme en Chine, où personne ne se donne la peine de jeter les déchets dans les poubelles puisque, de toute façon, on embauche des travailleurs pour les ramasser.
Parmi la variété d’arbres bizarres et les murs couverts de graffitis, j’ai aperçu plusieurs de ces fameux chifas – mot espagnolisé provenant de 吃饭 (chifan), qui signifie « manger » – qui sont les restaurants chinois au Pérou. On les retrouve partout au pays et ils font partie intégrante de l’imaginaire collectif péruvien, qu’on me dit. En fait, les Chinois péruviens forment le plus grand groupe ethnique asiatique en Amérique du Sud.Bref, pour résumer mon appréciation initiale de Lima, je dirais que la ville me paraît éclectique, originale et fascinante. Mais je n’ai pas encore vu ses rues et ses édifices peuplés de gens. Je vous reviendrai plus tard avec mes impressions diurnes.