mardi 24 juillet 2007

Le merveilleux monde de la médecine

Le domaine de la médecine me fascine autant qu'il me dégoûte. D'une part, il y a le côté scientifique : le corps humain en tant qu'organisme vivant, abritant des mystères d'une complexité fascinante et d'un ésotérisme troublant, dont les secrets jalousement gardés par Mère Nature se révélent peu à peu sous la lueur des microscopes électroniques et des IRMf. D'autre part, il y a le côté moral : l'incontestable noblesse de la profession, la perspective d'agir de façon concrète pour le bien d'autrui, la possibilité de sauver des vies, de soigner des blessés, de vaincre la souffrance, le Mal - même la Mort. Enfin, le côté social et matériel vient quelque peu souiller cette image beaucoup trop blanche et pure qu'on a de la médecine et qui est ancrée dans l'imaginaire collectif depuis que le grand Grec rédigea son fameux serment.

Alors que le côté scientifique interpelle mon cerveau et le côté moral mon coeur, le côté socio-politico-économique de la médecine, lui, me laisse un goût amer dans la bouche. Qu'un médecin de famille use de son influence sociale pour faire passer ses opinions lucratives... Qu'un médecin spécialiste au Québec gagnant 230 000$ par année obtienne, après des semaines de grève, une hausse sur 5 ans de 30 000$ - soit le salaire moyen des Québécois - payée par les fonds publics... Que les professionels médicaux acceptent sans broncher les jolis cadeaux des entreprises pharmaceutiques et participent à des conférences annuelles commanditées par les plus puissantes compagnies de la planète... Que le collège des médecins dans chaque pays soit une puissante machine de lobbying et détienne un pouvoir politique démesuré... Comment ne pas frémir devant ces faits! Ai-je vraiment envie d'entrer dans un monde où l'on prête serment d'allégeance au plus gros chèque de paye?

Chaque fois que je me pose la question, j'entends ma propre voix, dans un passé récent, suppliant une amie de ne pas reculer devant le monde corrompu de la politique, puisque le retrait de toutes les bonnes gens qui pensent comme elle laissait aux mauvaises âmes le monopole de ce domaine public, perpétuant ainsi le cercle vicieux de la décadence politique. Une forme perverse de la sélection naturelle, quoi! La seule façon de renverser le régime actuel était d'y faire pénétrer des personnes comme elles, bienveillantes, motivées, avec la volonté d'engendrer des changements. Cette scène me revient à l'esprit dans des moments de doute et affermit ma conviction dans la voie que je me suis tracée.

Si vous vous demandez pourquoi ces confessions introductives, essayez donc un jour de trouver un médecin qui daigne vous faire passer un examen médical pré-départ, et vous comprendrez tout. Rudoyée par la réceptionniste et brutalement renvoyée par le docteur qui, jetant un coup d'oeil condescendant aux documents à remplir, se plaignit du grand nombre de tests requis, de la langue de rédaction des formulaires ("I don't understand French!") et du fait de ne pas être mon médecin de famille (mais celui de mon beau-père), je sortis furieuse de cette clinique que plus jamais je ne visiterai, les oreilles encore bourdonnant des mots dédaigneux sortis de la bouche arrogante d'un prétendu disciple d'Hippocrates : I can't do it, go somewhere else, it's not my problem.

Bien que je m'attendais à une froide réception de la part de ces machines à cash qui n'aiment pas les visites longues, peu rentables et trop compliquées - caractéristiques des examens généraux - je n'étais tout de même pas préparée à une telle rudesse. Vous vous secouez peut-être la tête, vous disant que c'était un médecin parmi mille, l'exception plutôt que la règle, mais j'ai trop souvent été témoin de l'indifférence médicale pour le croire.

7 ans : des heures d'attente dans la salle d'urgence, des parents inquiets, un médecin qui, me regardant à peine, nous dit que tout va bien et qu'il faut rentrer à la maison ; le lendemain un retour à l'urgence, pour se faire répéter la même chose et rentrer découragés ; puis une autre crise, plus grave cette fois, et une 3ème visite de la salle d'enfer ; enfin un vrai diagnostic... la pneumonie... une semaine dans un lit d'hôpital, suspendue à l'intraveineuse.
14 ans : un voyage tant attendu, un rendez-vous pour des vaccins, une docteure parlant précipitamment et courant à droite et à gauche (elle voulait rentrer le plus de patients possibles dans son horaire quotidien!) ; une seringue rapidement préparée avec... des bulles d'air dans le liquide! ; une piqûre... heureusement dans un muscle et non dans un vaisseau sanguin, qui m'aurait été fatal.
20 ans : assise dans la clinique universitaire, la salle d'attente débordée ; des regards surpris... on découvre que plusieurs pairs de personnes ont leur rendez-vous à la même heure! ; dans son bureau, le dermatologue écoute à peine ses patients et les expulse après quelques brèves minutes de consultation ;
2-3 patients par bloc de 15 minutes, on est efficace!

Attention pauvres citoyens souffrants, il faut partager entre nous le précieux temps des médecins, ce trésor immensurable donné si généreusement et qui, dans certains cas, fait la différence entre la vie ou la mort! Ne soyons donc pas trop ingrats, même si on nous traite comme des pièces industrielles dans une chaîne de montage!

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