
Iquitos est une merveille du Pérou. Il ne me restait plus qu'à connaître la selva et maintenant que je l'ai vécu, je peux vous dire que c'est un monde fascinant.

La ville m'a séduite dès le début, malgré le vacarme des millions de mototaxis et la poussière aveuglante. Lorsque j’arrive dans un endroit, je commence habituellement par visiter le marché et celui de Iquitos est probablement le plus étrange et le plus merveilleux que j'ai jamais connu. Parmi les fruits bizarres, les plantes exotiques et les viandes d'animaux mystérieux, je reconnaissais à peine 30% de tout ce que je voyais! En plus des vautours et des singes qui se promenaient au milieu des kiosques, j'ai été impressionnée par les centaines de plantes médicinales et de liqueurs amazoniennes, dont plusieurs prétendent augmenter la virilité masculine. Mes préférées, pour leur nom farfelu et évocateur :
Rompe Calzón = Casse-Bobette,
Levántate Lázaro = Lève-toi Lazare,
Para Para = Debout Debout.

Et que dire de Belén? Incroyable. Je ne savais pas que tout un quartier de Iquitos était situé sur la rivière Amazonas! En sortant du marché, on entre dans une rue où l'eau arrive jusqu'à mi-chemin et les maisons et magasins ont tous deux étages parce que le premier s'inonde durant la saison des pluies. De là, on peut louer un canot, seul moyen de transport local, pour explorer les maisons flottantes du quartier et voir les enfants nager dans l'eau brunâtre au milieu des nénuphars géants et des îlots de déchets. On surnomme l'endroit « Venise du Pérou », mais à la différence de la ville italienne, ce sont les plus les pauvres qui y vivent.

Bien que Iquitos soit un endroit hors du commun, accessible seulement par bateau ou avion, elle demeure une ville moderne au coût de vie relativement élevé. En revanche, la jungle, c'est tout un autre monde. 3 jours et 2 nuits, je suis restée dans la selva dans une auberge à 2 heures en bateau de la ville. Avec un guide, j'ai exploré les forêts et les rivières de l’Amazone, où j'ai vu des paresseux, des tarentules, des iguanes, des lézards, des dauphins, des piranhas, des insectes étranges et des dizaines d'espèces d'oiseaux. Mais l'animal que j'ai le plus fréquenté est indubitablement le maringouin. Jour et nuit, cet insecte détestable m'a piquée jusqu'à ce que je sois devenue une piqûre géante. Tous les jours badigeonnée avec 5 couches d'insectifuge, j'ai vraiment pété ma coche lorsque, étendue dans un hamac, j'ai senti les moustiques féroces me piquer à travers deux épaisseurs de tissu. J'ai trouvé plus supportable la chaleur contre laquelle on m'avait prévenue que les &*%$#@ de bébittes!

Les communautés m'ont beaucoup impressionnée, moi qui suis arrivée avec la naïve idée que j’allais voir des humbles maisons de paille dans des villages plus ou moins rustiques. Je me suis vite rendue compte que les tentacules de la modernisation étaient arrivés jusqu'au fond de la jungle, où les gens s'habillent à l'occidentale et vivent dans des maisons modernes, même au coeur de la nature sauvage. Mon guide m'a amenée à son village natal, curieusement appelé Centroamérica, que nous avons visité en suivant l’unique trottoir en béton, bordé de bananiers et de pamplemoussiers et peuplé de maisons branchées à des panneaux solaires, qui se termine dans les cours de l'école et de l'église. Les habitants, joviaux et avenants, qui parlent un mélange de leur langue locale et d'espagnol, m'ont offert un verre de
chullurín, une délicieuse liqueur selvatique de couleur turquoise vif.

Comme tous les guides de l’auberge, le mien était né dans la faune et la flore de la selva et avait étudié dans un institut de tourisme à Iquitos. Alors qu’il me racontait l’éprouvant processus d’adaptation qu’il avait vécu en déménageant à la ville, je ne pouvais qu’admirer sa force de caractère, sa débrouillardise et son amour pour la jungle. Amateur des véhicules motorisés et parlant trois langues, il savait également imiter à perfection le chant des oiseaux et nommer tous les animaux et plantes de sa terre natale.
Quoique citoyens du même pays, les gens de la selva sont nettement différents de ceux de la sierra. Ici à Huallanca, même les enfants ont peu l’habitude de sourire. Dans les commerces, on t’accueille froidement et c’est à peine si on te regarde dans les yeux. La musique traditionnelle, le huayno, est souvent composée de mélodies moroses et de paroles plaintives. Toute la culture est imprégnée de cette profonde mélancolie
qui m’avait marquée dès le début. Au contraire, à Iquitos, dans les quartiers riches et pauvres, les gens sont chaleureux, la musique est gaie, les couleurs sont vives et même l'accent est allègre. Parfois je me dis que la misère et la souffrance s'endurent mieux dans la chaleur que dans le froid.
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