vendredi 21 septembre 2007

Les mines me minent

Bien que je sois la nouvelle curiosité du village, la plupart des gens que j’ai rencontrés jusqu’à maintenant sont très sympathiques envers moi. On pense sûrement que je suis timide parce que je parle très peu, mais c’est plutôt à cause d’un manque de confiance en espagnol. Je m’inquiète de ne pas être plus sociable avec les gens et plus efficace dans mon travail à cause de ce blocage linguistique. Mais hier soir, lors du party de bienvenue chez Émilie, j’ai réussi à me débloquer un peu et ça m’a beaucoup remonté le moral.

Tous les collègues et certains amis étaient invités. Avec musique de fond, assis sur les divans de la grande maison d’Émilie, on a parlé des régions du Pérou, des histoires de voyages en moto dans les communautés (oui, moi aussi je vais apprendre à faire de la moto!) et de la vie à Huallanca. On buvait à la péruvienne, c’est-à-dire tour à tour avec le même verre, chacun prenant une gorgée de bière et vidant la mousse dans un bol à terre puis passant le verre et la bouteille au prochain. Je n'ai jamais été amatrice de la bière, mais puisque c'est tout ce que l'on semble boire ici, j'ai résolu de me familiariser avec les marques et les rites associés à sa consommation. Première leçon d'Émilie : les bières péruviennes varient en popularité, dépendant de la région - Pilsen au Nord, Cusqueña dans la costa, Cristal dans la sierra. Heureusement, le Pérou a aussi ses vins et ses liqueurs, notamment les vins sucrés et le Pisco de la région d'Ica, qui sont beaucoup plus susceptibles de conquérir ma faveur.

À la fin de la soirée (l’alcool monte vite au cerveau à cette altitude!), ma langue s’est déliée et j’ai pu parler et blaguer un peu plus aisément. Et je crois avoir trouvé la clé du succès d’Émilie : son enamorado péruvien. Avoir un chum avec qui converser tous les jours a sûrement contribué à son intégration linguistique et culturelle. (Non pas que je veuille m’en trouver un! Un(e) ami(e) proche suffirait).

Pour ce qui est de la nourriture, disons que mes choix sont limités. Les aliments sont peu variés, les restaurants médiocres et les ingrédients non traditionnels difficiles à trouver. Le marché vend plusieurs fruits et légumes, mais les gens en achètent peu. On me raconte que les habitants se permettent de dépenser pour les fêtes, l’alcool et les téléviseurs, mais pas pour une bonne alimentation. Huallanca est un peuple d’éleveurs de bétail, mais la viande est exportée à Lima plutôt que consommée, entraînant l’anémie et la malnutrition, faute de sources alternatives de fer et de protéines.

Mais je survis en préparant mes repas chez moi. À part le gros mal de tête que j’ai eu avant-hier (une infusion de coca a été très efficace), un essoufflement plus rapide et un sommeil perturbé par des réveils chaque heure, je ne ressens pas d’autres effets de l’altitude. Parfois le soleil tape fort et mes yeux piquent un peu, mais ce qui me dérange le plus c’est le fait que l’air n’est pas aussi pur que je l’avais imaginé. Même à 3 500 mètres, avec des montagnes à perte de vue, dans un pueblo de 5 000 personnes, on sent la pollution. Les deux dernières nuits, je me suis réveillée avec une odeur de gaz si forte que je m’imaginais une fuite dans la maison. Mais apparemment, ça vient des mines qui entourent Huallanca. C’est dans les mines que l’argent du pays réside, m’avait dit Meche, qui est partie hier après-midi.

« On peut bien détester les compagnies minières canadiennes, chinoises, australiennes qui exploitent nos ressources naturelles sans partager les profits tout en polluant notre environnement, mais où trouvera-t-on la richesse pour construire et faire prospérer notre pays, sinon dans les mines? Les entreprises se déresponsabilisent. Le gouvernement, qui devrait redistribuer et protéger, s’en lave les mains. Les ONG font un travail disparate et à court terme, souvent sans l’appui ni des autorités ni des populations. La seule solution, c’est l’éducation, l’investissement dans le potentiel des générations futures et l’espoir d'engendrer des individus dédiés qui amèneront le changement social nécessaire. »

Aucun commentaire:

Publier un commentaire