dimanche 16 septembre 2007

Les plus beaux paysages que j’ai jamais vus

Adieu la capitale. J’aurais aimé avoir plus de temps pour visiter le vaste territoire liménien et apprendre à connaître les divers districts si différents les uns des autres. Mais de nouvelles terres m’attendent.

Comme Comas, qui a été peuplé par des immigrants il y a deux ou trois générations seulement, les districts limitrophes du nord-ouest de Lima que nous passons dans l’autobus pour Huaraz – soit San Juan de Lurigancho, Carabayllo & Ancón – sont des barrios populares qui ont été récemment construits dans le désert liménien, parmi les cailloux et la poussière. Les ménages les plus aisés vivent dans des maisons en brique ; les moins fortunés dans des gîtes en carton et en paille.

Parmi ces habitations carrées qui poussent comme des cactus jusqu’au sommet des cerros (collines) arides, des Metro (supermarché), des Pizza Hut et des MacDonald’s se dressent en symbole de modernité. Çà et là, on aperçoit des bodegas (dépanneurs) de pièces automobiles, des marchés de fruits et de légumes, et même des parcs d’amusement. Mais ce qui retient mon attention, c’est le Hospital de Solidaridad. Faute d’appui gouvernemental, la municipalité de Lima a décidé d’ouvrir ces hôpitaux populaires, où les patients moins aisés peuvent recevoir des soins de santé pour quelques nuevos soles. La particularité : les unités hospitalières sont en fait des vieux autobus transformés en salles de consultation sur lesquels sont écrits Cardiología, Optometría, Dentista, etc. En guise de salle d’attente, un espace extérieur devant chaque « bus-bâtiment » a été muni de chaises et d’abris. Selon Meche, le service est bon et les files sont courtes.

Plus loin, les vagues du Pacifique viennent s’écraser au pied de fabuleuses montagnes de sable. Entre le bleu de l’océan et le beige des dunes, notre autobus parcourt un chemin sinueux qui nous amène, en passant par des étendues désertes et des champs étonnamment luxuriants, à des pueblos (villages) poussiéreux, érigés au milieu de nulle part, avec des chiens sur les toits, des chifas à volonté et des églises en brique sablonneuse. Quelques-uns ressemblent à des oasis, d’autres à des villages du Sud-Ouest étasunien et d’autres encore à des havres de pêcheurs. Mais tous ont un penchant pour les vieux Volkswagen et les mototaxis. Au lieu de panneaux de bienvenue, les visiteurs sont accueillis par des messages dans le sable, sur le versant des cerros environnants : « Buen viaje » et « Jesus te ama » sont les plus communs.

Puis, la montée commence. À ma droite des précipices vertigineux, à ma gauche des murs de pierre et tout autour des montagnes brunes et grises entourant des vallées verdoyantes. Champs, bétail, maisons de paille, enfants qui jouent dans les ruisseaux, gallinasos (petits condors) qui volent dans le ciel de plus en plus bleu, graffitis politiques à l’appui de candidats régionaux (Álvarez para presidente!). Éblouie par la beauté du paysage, je reste collée le nez à la vitre pendant plusieurs heures, durant lesquelles je vois pour la première fois dans ma vie un vrai épouvantail et des cactus dans leur habitat naturel poussant entre les fissures des rochers.

À mesure que nous montons, la scène change et devient de plus en plus jaunâtre. Nous passons un village féerique d’à peine quelques centaines d’habitants, situé sur le sommet d’une colline. Jusqu’ici, tous les paysans que j’ai vus étaient habillés à l’occidental, mais ici, peut-être à cause de la fanfare qui avait lieu dans la rue (tubas, tambours, costumes), les gens portent des habits traditionnels multicolores. Les enfants sont toujours aussi mignons. Même à travers les fenêtres de l’autobus, on me remarque et on me pointe du doigt.

Enfin, nous arrivons à l’altiplano. Le souffle coupé, je regarde s’étendre les vastes plaines peuplées de ichu (espèce de gazon épais) et de moutons, puis une lagune azure et …wow… les pics de la Cordillera Blanca. Sous les nuages suspendus si bas défilent des steppes beiges avec des cimes enneigées à l’arrière-plan. C’est là-bas, au milieu de cette lointaine et divine sierra que je vais vivre pendant les prochains six mois!

Arrivées à Huaraz, je me promène avec Meche dans les rues achalandées où se côtoient écoliers, mendiants, marchands de vêtements à laine d’alpaca et vendeurs de chiots. Ravagée par un tremblement de terre il y a 30 ans, cette ville touristique à 3 heures de Huallanca s’est reconstruite dans le désordre et le chaos, mais la diversité et l’abondance de ses commerces en font un endroit animé et fascinant. Après une brève tournée, pendant laquelle j’ai eu droit à plusieurs regards curieux et à des ¡mira mira!, ¡oye chinita!, ¡hola bonita!, etc., je me dis que j’y reviendrais sûrement assez souvent.

Demain, nous partons à 6h du matin pour ma destination finale.

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